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La pleine conscience débarque à Cannes

La pleine conscience face caméra!

La pleine conscience occupe une place de plus en plus visible. La célébrité a des bons côtés car chacun peut se familiariser avec une méthode profonde et accessible. Mais, tout comme la vie des star comporte des parts d’ombre, le fait d’être sous les projecteurs ouvre à des critiques et des interrogations. Faisons un peu le point sur cette nouvelle star.

La pleine conscience en France, à travers son célèbre programme MBSR se diffuse largement. D’abord limité aux seuls monastères pendant des siècles, puis pendant plusieurs décennies au milieu clinique, la pleine conscience se répand du sport à l’entreprise, en passant par les école, les restaurants et la pêche à la ligne. Rien n’y échappe, ni le sexe ni la maladie d’Alzheimer.

Les enseignants mindfulness

Teaching Mindfulness

De plus en plus de personnes se forment pour enseigner. Comme le faisait remarquer Jon Kabat-Zinn dans la préface du remarquable ouvrage Teaching Mindfulness, les personnes qui enseignent la pleine conscience n’ont pas forcément de connaissance des traditions méditatives particulières; c’est la mindfulness qui constitue le socle même de leur connaissance de la méditation. En conséquence, les formations d’instructeurs se sont adaptées. Former un enseignant de pleine conscience semble aujourd’hui beaucoup plus structuré qu’il y a une dizaine d’années. Les centres de formation suivent une structuration éthique inspirée par le travail, entre autres, de Rebecca Crane qui s’est longuement penchée sur la question de l’évolution de la pleine conscience dans un essai remarquable: « Implementing Mindfulness in the Mainstream: Making the Path by Walking It ». En Europe, la plupart des pays s’organisent autour d’associations nationales rassemblant des instructeurs formés auprès de différents centres de formation répondant à ces critères éthiques. En 2018, des membres instructeurs de mindfulness s’étant réunis depuis plusieurs années ont décidé de fonder une fédération européenne des instructeurs mindfulness, rassemblant les instructeurs principalement MBSR et MBCT autour de l’association européenne pour les approches basées sur la pleine conscience EAMBA.

En France, le nombre croissant de personnes se formant à l’ULB à l’Université de Louvain (Belgique), avec l’IMA à travers un partenariat avec Euthymia (en France), à Bengor University (Royaume Uni) ou au Center for Mindfulness de Umass ou de Brown University (USA, relayé par l’ADM en France) a conduit quelques enseignants, dont je fais partie, à se joindre à cette dynamique européenne en créant une association française des enseignants MBSR.

Nous parlions de zones d’ombre au milieu des paillettes et des strass: il y a un peu plus deux ans, voyant l’enjeu du développement de la mindfulness, une structure — International Mindfulness Teachers Association (IMTA) — est apparue aux USA qui vise à se substituer à toutes les autres pour déterminer qui était vraiment instructeur mindfulness certifié. Je vous renvoie pour plus de détails à l’article de Linette Monteiro. La réaction de EAMBA m’a permis de comprendre l’enjeu essentiel qu’il y avait à former une structure européenne d’instructeurs, indépendante des différents enjeux que pouvait soulever la pleine conscience outre-Atlantique, et mieux clarifier les nôtres. Si la pleine conscience est universelle cela ne veut pas forcément dire qu’elle est américaine. À moins que je n’aie raté quelque chose dans la notion d’universalisme ces dernières années?

Grosses prod’ ou cinéma indépendant?

Si l’on fait exception des tentations que peuvent avoir certaines personnes qui, sous prétexte d’être médecin, psychiatre, coach, enseignant de méditation ou professeur de yoga, se sentent par essence une légitimité à dispenser la pleine conscience, n’importe quelle personne un peu honnête et consciente d’elle-même peut remarquer que cette discipline nécessite une formation longue et rigoureuse. Tellement de domaines de compétence se mélangent dans la pleine conscience qu’il en devient difficile de les énumérer. Bien sûr, en tant qu’enseignant bouddhiste, je dirais que la méditation est une compétence majeure, mais elle n’est pas suffisante pour accompagner un groupe de personnes en souffrance au coeur de leur douleur. Bien sûr, il y a les aspects psychologiques, mais ils ne sont pas suffisants pour combiner les dialogues exploratoires dans toute leur richesse.

De ce fait, on assiste peu à peu à une spécialisation dans les applications de la pleine conscience. Certains acteurs deviennent identifiés et incontournables, comme Christophe André par exemple. Parfois, des structures se mettent en place comme le Centre de Recherche et de Ressource sur l’hypnose et la pleine conscience au CHU de Bordeaux pour développer des méthodes  adaptées en milieu hospitalier auprès des patients et des professions de santé .

Dans le milieu de l’entreprise, la communication est plus essentielle pour développer les interventions. Des structures comme « Mindful attitude » ou « Potential Project » commencent à être identifiées comme des acteurs majeurs en France auprès des entreprises.

À côté de structures plus importantes, des instructeurs formés développent leur programme auprès de milieux socio-professionnels divers. C’est dans cette perspective que nous avons créé avec le Dr Marion Barrault un cursus de formation destiné à enseigner la pleine conscience dans son cadre socio professionnel. Il nous semble en effet important de garder une approche multidisciplinaire à l’apprentissage de la pleine conscience et de faire en sorte que la créativité ne laisse pas la place à l’amateurisme, ni que la formation ne soit par trop rigidifiante ou superficielle.

Pour cela il nous a semblé essentiel de garder cette proposition de Donald MacCown de travailler sur la posture de l’enseignant mindfulness et sa capacité de travailler en groupe.

Et le spectateur?

Nous voici spectateurs d’un film où acteurs et spectateurs doivent co-créer le scénario. Attention toutefois aux séries Z où la pleine conscience est collée à toutes les formes de disciplines possibles et imaginables. Ce n’est pas parce qu’on est focus qu’on est en pleine conscience, sinon un skieur pourrait libérer ses émotions en descendant une piste!

La pleine conscience est un chemin qui se construit en l’empruntant. Nous sommes tous un peu spectateurs et responsables de ce qui va se passer dans le futur. À titre personnel, je me réjouis de voir des personnes de tous âges et de tous milieux s’engager dans des projets parfois très osés: instruire la pleine conscience en milieu carcéral, auprès des jeunes en difficultés. Je vois également un fort désir de se former, et si un jour je devais apprendre la méditation sérieusement, j’aurais confiance dans ma capacité à trouver un instructeur fiable. Il y a une légende dans le canon indo-tibétain d’un enseignant qui passe sa vie à enseigner dans toute l’Inde. La fin de sa vie approchant, il se rend compte qu’il n’a pas actualisé ce qu’il a lui-même enseigné. Un de ses anciens élèves s’en rend compte et apparait, par magie (on aurait dit aujourd’hui par Skype), pour lui rappeler la nature de ses instructions et l’aider à les assimiler. Saki Santorelli nous l’a répété: il n’y a pas de différence, dans ce monde de la pleine conscience, entre les deux faces du miroir enseigné / enseignant. Finalement, si le contenu est approximatif et l’expérience médiocre, nous en sortons tout affaiblis et inversement.

« L’expérience n’existe pas au cinéma. On est débutant à chaque fois.”

Jacques Dutronc

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